vendredi 5 avril 2019

L'Adrar pré-almoravide, les Bâvûr





L'évènement majeur qui accompagne l'instauration définitive en Adrar d'un climat désertique, est sans conteste l'arrivée dans la région du dromadaire domestique, intervenue, semble-t-il, vers les 3e-4e siècles de l'ère chrétienne. Merveilleusement adapté aux rigueurs de ce climat, même si, comme tout ce qui vit en ce milieu extrême, il ne peut manquer d'en souffrir, le dromadaire constitue, à bien des égards, le personnage principal de l'histoire du Sahara. Sans lui, en effet, pas de grand nomadisme, pas de commerce caravanier, pas d'expéditions au long cours et quasiment aucune de ces razzias fructueuses ou désastreuses qui ponctuent, à mi-chemin de l'activité sportive, du rite de passage et de l'entreprise de pillage et de guerre, toutes les chroniques de la zone qui nous intéresse. 

L'Adrar, cependant, s'identifie avant tout au "trâb al-hajra" ("pays de la pierre"), c'est-à-dire au plateau gréseux —Adrâr signifie "montagne" en berbère— qui en constitue le cœur, même si une périphérie, parfois plus "molle" et aux contours plus incertains, lui est associée. Espace à la topographie et aux ressources végétales peu favorables au développement du pastoralisme, le massif adrarois apparaît en revanche comme le berceau d'une vieille tradition agricole sédentaire centrée sur le palmier dattier et sur la mise en valeur des dépressions inondables (grâra, pl. grâyir) qui pouvaient , à la faveur d'une bonne saison pluviométrique —conjoncture plutôt rare sous ces latitudes, il est vrai— procurer des réserves appréciables de mil et de graines de pastèque (vundi), fondement, avec les dattes et le lait de chèvres, de la nourriture quotidienne des adrarois.
Nous ne savons pas grand chose des premières étapes du passage à la sédentarité parmi les population les plus anciennes de l'Adrar. Et peut-être convient-il de ne pas établir de coupure trop rigide entre un mode de vie fondé sur la chasse, sur une agriculture encore proche de la cueillette, associées à un petit élevage semi-sédentaire et le système de ressources et de techniques immédiatement pré-coloniale des populations de l'Adrar, où nombre de traits "d'archaisme" (usage des meules dormantes, des broyeurs, etc.) font penser à un néolithique qui n'en finit pas de finir.

Les traditions locales attribuent à une mystérieuse population -les Bâvûr- la responsabilité des premiers établissements humains fixes ainsi que l'introduction de l'agriculture de palmiers dont les espèces les plus anciennes sont qualifiées de "bâvûr" (nkhal Bâvûr). Les Bâvûr sont également associés au dressage de chiens féroces pour la chasse ou la guerre, et, plus épisodiquement, à l'introduction du cheval dans l'Adrar mauritanien. Les Almoravides, dont il sera question plus loin, se seraient heurtés à eux et à leurs chiens, disent des récits locaux; au moment de leur occupation d'Azûgi, surnommé "Madinat al-Kilab" ("La Ville aux Chiens"), au milieu du 11e s.
Les sources arabes, les seules dont nous disposons pour la période antérieure au 15e s., paraissent pourtant ignorer les Bâvûr. Les écrits en langue portugaise, par contre, y font allusion. Diego Gomes (Ricard, 1930), dans son De Prime inventione Guinea, rédigé au cours des toutes
dernières années du 15e s., parle de la "Montagne d'Abofor" à propos d'une région qui ne peut guère être que celle de l'Adrar. Un peu plus tard (1506-1507), un morave travaillant pour la couronne du Portugal, et qui a séjourné durant quelques mois dans l'arrière-pays du cap Bojador, Valentim Fernandes (Cénival et Monod, 1938), mentionne lui aussi la "Montagne de Baffor".
De nombreux tumuli et monuments funéraires d'allure visiblement non musulmane sont attribués à ces anciens occupants de l'Adrar. Dans certains endroits, comme à Tin Labba, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Ouadane, on montre la tombe de Bâvûr lui-même, personnifié et assimilé à un souverain, ou à un tyran, non musulman, portugais, dit-on parfois, ou espagnol... Des familles, voire des groupes tribaux entiers, aussi bien en Adrar que dans le reste de la Mauritanie, mais surtout en Adrar, sont rattachés par les généalogistes à une ascendance Bâvûr. Un texte arabe du 18e s. —Amr al-wali Nâsir al-Dîn de Muhammad al-Yadâli— évoque la "trahison" de l'imam de la guerre de Shurbubba, Nâsir al-Dîn, par deux Bâvûr ; et al-Mukhtâr wuld Hâmidun (1955) fait mention d'une stèle funéraire du cimetière de Chingueti, que nous n'avons pas réussi à retrouver, dédiée à une dénommée "Panda al-Bâfûriya" (i.e. "Panda la Bâvûrienne")...
Qui étaient au juste ces Bâvûr ? Population de sédentaires noirs non musulmans comme l'affirme une partie des chercheurs inspirés par l'une des versions proposées par la tradtion orale ou éléments du peuplement berbère blanc -surtout masûfite- venus d'Afrique du Nord ? Lewicki (1978), passant il y a une quinzaine d'années en revue les données recueillies jusque-là, suggère que c'est la seconde hypothèse qui devrait être retenue. Partant de l'idée émise par le Colonel Modat (1919) selon laquelle les Bâvûr seraient les descendants des Quinquegentiens, ces berbères du Djurdjura déportés par les Romains au Sahara en 292 après J. C. suite à un soulèvement, l'historien polonais écrit : "Selon mon opinion, ce n'étaient pas les Quinquegentiens eux-mêmes qui émigrèrent en Adrar mauritanien en devenant ensuite les Bâvûr de la tradition maure, mais un autre peuple lybique qui était, au 3e s. de notre ère, allié des Quinquegentiens du Djurdjura, à savoir la puissante tribu des Bavares." Ce sont les traits de culture "berbères" -la phéniciculture, les chiens, l'introduction du cheval- qui sont à l'origine de la conviction de Lewicki. Il croit aussi pouvoir l'étayer par des considérations relatives à "une route des chars" dont R. Mauny (1947) pense avoir identifié les principales étapes grâce aux jalons constitués par les peintures rupestres tout au long d'un axe qui va de la région de Bougie (Algérie) au Maroc du Sud et à la vallée du Sénégal.
On a pu également (Pierre Bonte, 1998) invoquer, à propos des Bâvûr, l'influence de l'islam kharijite (ibadisme), venu avec les commerçants maghrébins de Tahert et de Sijilmassa dès le 8e s. La persistance, dans la tradition orale, d'un lien d'une nature particulière entre les Bâvûr et les chiens serait une des marques de cette influence. Le caractère non-musulman ou "hérétique" qui constitue un trait récurrent de l'image du Bâvûr pourrait s'être cristallisé autour de la consommation de viande de chiens, tolérée, semble-t-il (au moins à des fins rituelles ou curatives), par les Ibadites et sans doute très vigoureusement combattue par l'orthodoxie malikite issue des Almoravides, dont on connait, depuis les indications fournies par al-Bakri (1964), la profonde aversion pour la gent canine. Le chroniqueur cordouan affirme, en effet, qu'au moment de la prise de Sijilmassa par les troupes d'Ibn Yâsîn, le chef almoravide ordonna l'élimination de tous les chiens de la ville...

Quoi qu'il en soit des origines et des croyances des Bâvûr et de leur influence sur les étapes initiales de l'histoire de l'Adrar, la (re)construction du passé islamique de cette région se marque d'une nette volonté de rupture à l'égard de l'héritage qu'ils sont supposés représenter comme elle s'affirme d'ailleurs en opposition avec les périodes
d'influence, sinon de domination noire, notamment celle de l'empire de Ghana, que l'Adrar a connues . Les traces d'un parler soninké mâtiné de berbère —l'azayr— dans les vieilles villes de cette région (Ouadane et Chingueti) témoignent pourtant de contacts anciens entre l'espace adrarois et le grand royaume noir des 9e- 12e où l'on croit savoir que des proto-soninkés ("Wangara" pour les chroniqueurs arabes, "Gangâra" en dialecte hassâniyya) ont joué un rôle central. Le nom "Chingueti" aurait, d'après un lettré du 18e s. originaire de la bourgade (Sidi Abdullâh wuld al-Hâj Brâhîm, in Norris 1962), le sens de "source des chevaux" en soninké (Chi-n-guedé), et le vocabulaire de l'architecture, dans cette ville comme dans l'agglomération voisine de Ouadane, porte encore les traces de ce qui pourrait avoir été une koiné commerciale de l'empire de Ghana, du style de ce qu'était le songhay pour l'empire du même nom.

lundi 4 mars 2019

méharée sur les dunes Chinguitti

Une méharée est une randonnée organisée dans le désert à dos de dromadaire  et c'est experience  extrat ordineur


 entre les herbes à chameaux et dunes d'ouarane sont tranquilles sur les dos de leurs chameaux


 Magnifique traversee
 un moment de repos
  Le chant des dunes est le nom donné au bruit émis par certaines dunes dans le desert Mauritanien autour de chinguitti là  où nous sommes été , les clients sont etonné par ce phenomenon t


lundi 5 novembre 2018

Monolithe de Ben Amera







Monolithe Ben Amera














Le Monolithe de Ben Amera est parmi le plus joli monolithe dans le monde et son histoire avec son épouse Aïcha, ils avaient un problème social , ils ont disputé, après Aïcha a quitté son mari et les enfants restent au milieu jusqu’à maintenant.
Il y’a des gravures très intéressantes.y